Thomas Pesquet et Arnaud Prost décolleront en 2027 grâce à Vast, une société américaine qui vient d'installer son siège européen à Paris. L'accord a été annoncé le 1er juin par Emmanuel Macron au sommet Choose France, et il acte un vrai virage : la France n'investit plus dans ses propres stations, elle achète des sièges. Avec, à la clé, une possible première mondiale pour Pesquet.
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Deux hommes, deux profils
Le contrat signé avec Vast envoie deux astronautes français en orbite la même année, mais leurs trajectoires n'ont rien à voir. Thomas Pesquet, 48 ans, le Rouennais que tout le monde connaît, en sera à son troisième vol. Derrière lui, déjà 396 jours cumulés dans l'espace, six sorties extravéhiculaires et le commandement de l'ISS en 2021, une première pour un Français. En face, Arnaud Prost, 33 ans, Marseillais, polytechnicien, plongeur pour la Comex et pilote de chasse sur Rafale, qui commande aujourd'hui un avion AWACS. Sélectionné dans la réserve d'astronautes de l'ESA fin 2022, il s'apprête à voler pour la toute première fois.
Pesquet vers l'ISS, Prost vers une station privée
Pesquet partira sur la mission PAM-6, la sixième mission privée que Vast organise vers la Station spatiale internationale en partenariat avec la NASA. Deux semaines sur place, un lancement prévu à l'été 2027 au plus tôt, et surtout un rôle inédit : il pourrait en être le commandant. Aucun astronaute non américain n'a jamais commandé une capsule américaine, et il faudra pour ça le feu vert du comité multilatéral qui réunit NASA, ESA, Roscosmos, JAXA et l'agence canadienne. Arnaud Prost, lui, rejoindra Haven-1, la première station spatiale entièrement privée, encore en assemblage en Californie. Il y sera ingénieur d'essais en vol, sur ce qui sera le tout premier vol habité vers une station commerciale. Deux semaines là aussi.
Pourquoi la France achète des sièges
Le vrai sujet est là. L'ISS sera désorbitée à partir de 2030, ce qui laisse un trou béant en orbite basse que plusieurs sociétés privées comptent combler. Plutôt que de financer une infrastructure maison hors de prix, Paris préfère acheter des places sur des vols commerciaux déjà sur les rails. Ses astronautes volent sans attendre, sans surcoût de développement, et le CNES garde la main sur le contenu scientifique via son centre Cadmos et l'appui du Medes. Vast, de son côté, plus de 1 000 salariés à Long Beach, y gagne une vitrine européenne et un siège à Paris.
On en dit quoi ?
C'est malin, et un peu vertigineux à la fois. La France s'offre deux vols et une première mondiale potentielle sans construire le moindre boulon, ce qui en dit long sur l'époque : l'orbite basse devient un service qu'on loue à des entreprises privées, américaines de préférence. On peut trouver ça pragmatique, on peut aussi se demander ce qu'il reste de souveraineté spatiale quand le commandant français embarque sur une capsule made in USA. Reste que voir Pesquet potentiellement aux commandes, et un quasi-inconnu comme Prost inaugurer une station privée, ça donne vraiment envie de suivre 2027 de près.